Une pandémie peut-elle en cacher une autre?

A l’heure où tous les regards sont fixés sur la gestion de la crise du Covid-19 et de la vaccination une autre question se pose. Qu’est-ce qui nous attend après ?

On le sait, durant le premier confinement en mars dernier les entrées aux urgences ont fortement été réduites au point d’inquiéter les urgentistes. De nombreuses opérations ont dues être reportées et on craint que de nombreux malades de pathologies chroniques aient décroché leurs traitements et suivis. A cela s’ajoute la crainte d’une augmentation des cas d’AVC dus au COVID-19, et de cas de dépression ou de problèmes psychiatriques. Enfin les témoignages d’une forme de COVID chronique interrogent.

Nous avons souhaité faire un focus sur une problématique préexistante à la crise COVID-19 mais qui risque d’avoir de fortes répercutions dans les mois et années à venir, celle de la sédentarité et du manque d’activité physique.

L’OMS tire la sonnette d’alarme : “Si nous ne restons pas actifs, nous courons le risque de créer une autre pandémie de mauvaise santé. Le résultat d’un comportement sédentaire” Ruediger Krech, chargé de la promotion de la santé à l’OMS.

Plusieurs professeurs rédigent des tribunes pour alerter sur cette nouvelle pandémie comme Le professeur François Carré qui exerce au CHU de Rennes et à l’université de Rennes 1 à lire ici. 

Le télétravail, le confinement, la fermeture des salles de sports et des lieux de loisirs ont favorisé la sédentarité, renforçant le manque d’activité chez ceux qui en faisaient peu avant la crise et en réduisant le temps d’activité de nombres d’actifs. Parmi l’ensemble des personnes interrogées par Santé publique France dans le cadre de l’enquête CoviPrev entre le 4 et 6 mai 2020 :

  • 57,6% ont fait moins des 30 min jour d’activité physique1 recommandées pendant le confinement
  • Ceci a été plus fréquemment le cas des femmes, des 25-49 ans, des moins diplômés, des parents d’enfants de 16 ans ou moins et des personnes vivant en zone urbaine.

 

  1. L’activité physique inclut les activités faites au travail, au domicile ou dans le jardin, pour les déplacements ou lors des activités sportives ou de loisirs.

Comparé à leurs pratiques d’avant le confinement :

  • 47,4% des personnes ont déclaré une diminution de leur activité physique dans son ensemble
  • 58,9% une diminution de la marche
  • 37,1% une diminution de leur activité sportive

Quelques chiffres

L’inactivité physique est la quatrième cause de mortalité dans le monde, elle est aujourd’hui présentée comme une véritable pandémie (Kohl et coll., 2012).

Selon l’article « ACTIVITÉ PHYSIQUE ET SÉDENTARITÉ DANS LA POPULATION FRANÇAISE. SITUATION EN 2014-2016 ET ÉVOLUTION DEPUIS 2006-2007» paru en juin 2020 dans le BEH entre la période 2014-2016, 71% des hommes et 53% des femmes atteignaient les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique. L’étude permet de montrer que le niveau d’activité physique a diminué depuis 2006 chez les femmes alors qu’il a augmenté chez les hommes de 40 à 54 ans. En France, en 2015, 22% des femmes cumulaient sédentarité au travail et niveau d’activité bas contre 17% des hommes.

Au niveau mondial l’inquiétude est la même. Près de 31% des adultes âgés de plus de 15 ans manquaient d’activité physique en 2008 (hommes 28% et femmes 34%). Environ 3,2 millions de décès chaque année sont attribuables au manque d’exercice. Selon l’organisation Mondiale de la Santé, l’inactivité physique est responsable à elle seule de 10 % des décès en Europe.

Pourquoi la sédentarité représente-t-elle un risque?

Le manque d’activité physique et l’inactivité physique entrainent de nombreuses conséquences d’ordres physiologiques comme l’obésité ou les risques cardiovasculaires. Mais cette inactivité physique a également des conséquences sur nos capacités cognitives comme la mémoire ou sur notre état psychologique.

Obésité

L’activité physique permet de contrôler sa charge pondérale. Lorsqu’elle est couplée avec une alimentation équilibrée l’activité physique permet de réduire le risque d’obésité et ses conséquences. En effet l’obésité augmente le risque de diabète de type 2, de troubles cardiovasculaires, d’apnées du sommeil, de douleurs articulaires…

+ de 15 ans en surpoids 50%

On prévoit 254 millions de 5- 19 ans obèses en 2030 selon la Fédération Mondiale contre l’obésité (soit 2 fois plus qu’en 2016). Selon le rapport de 2017 sur L’État de santé de la population en France, une personne sur six souffre d’obésité et plus de la moitié des + de 15 ans sont en surpoids.

Risque cardiovasculaires

Selon l’Organisation mondiale de la santé la sédentarité est l’un des 10 facteurs de risque de mortalité dans le monde et elle représente un facteur de risque majeur des maladies cardio-vasculaires. L'inactivité physique augmente le risque de maladies coronariennes. Le problème de l'inactivité physique c'est surtout le manque des bénéfices dues à la pratique d'activité physique qui entretient tout l'organisme. Le travail cardiaque est diminué, et les effets sont importants sur le métabolisme à court et long terme.

“L’activité physique sur une base régulière diminue la pression artérielle et le risque d’hypertension, augmente la sensibilité à l’insuline et diminue le risque de survenue d’un diabète de type 2, augmente le cholestérol-HDL, diminue les triglycérides et la lipémie post-prandiale, réduit l’agrégation plaquettaire et a un effet antithrombogène, atténue le gain de poids lié à l’âge et participe au maintien du poids corporel. Certains de ces effets sont très transitoires, comme celui sur la sensibilité à
l’insuline qui retourne au niveau de base après seulement quelques jours d’inactivité. Pour avoir un effet sur ce type de paramètre, l’activité physique doit donc être pratiquée sur une base régulière.” adsp n° 47 juin 2004

De nombreuses études on permis de montrer que la pratique d’activité physique, quel qu’elle soit, réduisait le risque de dépression. Evidemment plus la pratique est régulière plus les bienfaits se font ressentir mais le simple fait d’aller marcher permet de réduire ce risque de dépression.

Au-delà de son rôle protecteur, l’activité physique permet également de maintenir un bien-être psychologique, une image positive associée à soi-même, une estime de soi et une qualité de vie plus équilibrée que l’inactivité. Enfin le fait de faire de l’activité physique permet d’évacuer du stress.

Rappelons que la dépression concerne 10 à 15% de la population selon l’INSERM (données 2019).

Risques cognitifs

La pratique d'activité physique régulière permet de se prémunir de plusieurs facteurs de risques (dont ceux évoqués). Cette protection se manifeste également sur la qualité du vieillissement. En effet on vieillit mieux, c'est à dire en meilleure santé, lorsqu'au cours de sa vie on est resté actif. On a moins de problème d'hypertension, psychologiques ou cardiovasculaires. Ces qualités se retrouvent au niveau de nos vaisseaux en meilleur état, on conserve donc une meilleure mémoire, une meilleure compréhension de notre environnement... L’activité physique est aussi associée au développement de la réserve cognitive et de la réserve cérébrale.

A l’inverse l’inactivité entraine rapidement un déclin, Martine Duclos, physiologiste et présidente du comité scientifique de l’Onaps ,va publier selon MidiLibre les résultats d’une étude réalisée en 2019 et 2020, qui montre “qu’après le confinement, les enfants de CE2 ont perdu 20 % de leurs capacités physiques et 40 % des fonctions cognitives”. 

Une inquiétude croissante chez les plus jeunes

L’Anses alerte sur le niveau de sédentarité chez l’adolescent. Les deux tiers des 11-17 ans (66 %) se situent à un niveau de risque sanitaire élevé en raison de leur sédentarité. « Ils ont plus de deux heures d’écran par jour et sont en dessous d’une heure d’activité physique par jour, ce sont des seuils de danger », explique la cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition de l’agence sanitaire, Irène Margaritis. Parmi ces 66%, 17% en position très délicate avec des durées de sédentarité de plus de 4h30 et moins de 20 min d’activités physiques par jour. Une tendance qui se retrouve chez les enfants puisque la moitié des garçons et seulement un tiers des filles atteignaient les recommandations de l’OMS.

 “Seuls 4,8 % des 5-11 ans et 0,6 % des adolescents ont atteint les recommandations (60 minutes d’activité physique par jour) pendant ces cinquante-cinq jours, de mi-mars à mi-mai 2020”, précise David Thivel, chercheur à l’université Clermont- Auvergne, membre du conseil scientifique de l’Onaps et cité dans Le Monde.

+ 0 %

C’est le nombre d’adolescents qui ont réduit leur niveau d’activité physique pendant le premier confinement selon l’ONAPS.

Ce manque d’activité physique est compensé par… un temps croissant passé sur les écrans.  

Le temps passé sur les écrans couplé au peu d’activité physique pratiquée peuvent augmenter les risques chez les plus jeunes. Des risques du point de vue de leurs développements avec l’apparition de facteurs de risques évoqués précédemment comme l’obésité, le risque d’anxiété ou encore des problèmes de sommeil. 

Source: Report Card 2020 : activité physique et sédentarité de l'enfant

Pour rappel

Définition de l'activité physique de l'ONAPS

“Tous les mouvements corporels produits par la contraction des muscles squelettiques entraînant une augmentation de la dépense énergétique au-dessus de la dépense de repos. Elle comprend tous les mouvements de la vie quotidienne, y compris ceux effectués lors des activités de travail, de déplacement, domestiques ou de loisirs.
Les activités physiques d’intensité élevée ou soutenue sont des activités nécessitant un effort physique important et causant une augmentation conséquente de la respiration ou du rythme cardiaque.
Les activités physiques d’intensité modérée sont des activités qui demandent un effort physique modéré et causant une petite augmentation de la respiration ou du rythme cardiaque.”

Inactivité physique

“L’inactivité caractérise un niveau insuffisant d’activité physique d’intensité modérée à élevée, ne permettant pas d’atteindre le seuil d’activité physique recommandé de 30 minutes d’AP d’intensité modérée, au moins 5 fois par semaine ou de 25 minutes d’AP intensité élevée au moins 3 jours par semaine pour les adultes. Pour les enfants et les adolescents, le seuil recommandé est de 60 minutes d’AP d’intensité modérée par jour “

Retrouver l’intégralité des définitions données par l’ONAPS.

Recommandations de l'OMS

L’OMS diffuse des recommandations en matière d’activité physique chez trois tranches d’âge: les 5 à 17 ans, 18 à 64 ans et 65 ans et plus. 

Ces recommandations diffèrent en matière d’intensité, de durée, de fréquence mais également de typologie (cardio, musculaire…). 

A titre d’exemple “les enfants et jeunes gens âgés de 5 à 17 ans devraient accumuler au moins 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue” tandis que “les adultes âgés de 18 à 64 ans devraient pratiquer au moins, au cours de la semaine, 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue.”

Pour retrouver l’intégralité des recommandations.

Pourquoi avons-nous choisi ce sujet?

Nous travaillons depuis des années sur les thématiques de prévention de facteurs de risques d’AVC ce qui évoque pour nous une sensibilité particulière aux vues du contexte et des conséquences qui peuvent arriver. Mais nous avons également une spécialité sur l’analyse et la compréhension du système nerveux autonome, en lien direct avec l’activité physique ou son manque sur l’organisme. C’est d’ailleurs à ce titre que nous rédigeons régulièrement des articles sur notre blog NeuroCoach.fr pour informer le public sur les facteurs de risques de l’AVC. Comment nous agissons ? En informant, que ce soit à travers nos articles et à travers notre solution NeuroCoach qui permet de faire le point sur ses facteurs de risques d’AVC avec entre autres un état des lieux du système nerveux autonome.

Un dernier mot ?

Il n’est jamais trop tard pour reprendre une activité physique et réduire les risques liés à la sédentarité. Mieux, il n’est jamais trop tard pour reprendre l’activité physique et vous protéger. 

Pour conclure, nous souhaitions diffuser un message positif et vous proposons cette vidéo de la Neuro Scientifique Wendy Suzuki, qui avec son énergie résume parfaitement les bienfaits de l’activité physique sur le cerveau ! 

(possibilité de mettre des sous-titres en français)

Source

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/tres-grande-inquietude-neurologues-non-avc-ne-peuvent-pas-avoir-disparu-1813332.html

https://actu.fr/societe/coronavirus/operations-non-urgentes-reportees-certains-patients-doivent-gerer-leur-souffrance_32996518.html

https://www.infirmiers.com/actualites/actualites/crise-covid-19-extremement-grave-mais-personnes-atteintes-maladies-chroniques-comme-moi-abandonnees.html

https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/34852-Pourquoi-Covid-19-augmente-risque-d-accident-vasculaire-cerebral

https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/coviprev-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie-de-covid-19

https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/coviprev-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie-de-covid-19

http://www.onaps.fr/data/documents/report_card_2020.pdf

http://www.fondation-recherche-cardio-vasculaire.org/la-sedentarite-un-fleau-mondial-aux-consequences-graves-pour-notre-coeur/

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/depression

https://www.midilibre.fr/2021/02/06/sedentarite-la-bombe-a-retardement-de-la-crise-9356311.php

https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2323_sante_cognitive_vieillir_sante.pdf

https://www.researchgate.net/publication/10699639_The_Concept_of_Cognitive_Reserve_A_Catalyst_for_Research

https://www.ladepeche.fr/2021/02/02/confinement-trop-decrans-risques-dobesite-les-enfants-et-les-ados-face-a-la-menace-de-la-sedentarite-9349037.php